Des spomenik et des hommes (Bosnie1)

Me voilà repartie sur les routes défoncées de Bosnie (et Herzégovine !). Juste avant le poste frontière de HUM* on traverse un  pont de bois qui enjambe la rivière Tara.

T’es sûr que c’est par là, Kip ?

On y est !

On roule encore 200 mètres sur un puzzle de bitume, et après on essaie d’avancer sur cette espèce de truc qu’ils appellent « route ». Si j’étais sarcastique, je dirais que c’est là qu’on a tourné les essais lumière pour « Le salaire de la peur ».

*Hum, le bien nommé, parce que c’est immédiatement ce qu’on pense dès la frontière franchie (voire même : »Hum, hum… »)

Euh….

Bienvenue en République Serbe de Bosnie.

(Dans l’imagerie européenne bien-pensante, c’est le morceau des « méchants » de Bosnie, alors que la « Fédération », c’est les gentils…je ne m’étale pas tout de suite, je ferai ça une autre fois.)

Direction Tjentište.

J’avais repéré qu’il y avait là un spomenik d’une taille impressionnante. Les spomenik sont des  monuments à la gloire des combattants, Partisans Communistes, le plus souvent sous les ordres de Tito, tombés au combat ou juste massacrés par l’armée allemande, l’armée croate, l’armée italienne, aidées parfois par des bataillons bulgares.

Effectivement impossible de rater l’endroit. A flanc de colline, mis en scène par deux séries symétriques d ‘escaliers, un monument de béton brut, torturé, en deux morceaux presque identiques, s’ élevant vers le ciel.

Quelques marches encore et une série de gradins reprenant les noms des bataillons massacrés ici.

CAR, cette bataille de la Sutjeska a engagé pendant presque un mois 127 000 soldats de l’Axe, contre 19 700 partisans de l’Armée de Tito. Bonjour le rapport de force… Le but pour l’Axe était de détruire complètement cette armée. Raté. De peu, mais raté. Encerclés, assiégés, ils ont réussi une percée.

A la louche : forces de l’ Axe, 800 morts/ Partisans, 6400 morts. On rajoute à cela 2500 civils abattus par les Allemands. Les 127 000 n’ont pas réussi à totalement écrabouiller les 19 700.

Un lien pour ceux qui veulent en savoir plus

A deux cents mètres de là, un bâtiment fermé, en béton lui aussi, avec un panneau évoquant la guerre suivante, (92-95) mais trop compliqué pour que je puisse le traduire et je n’ai trouvé nulle part de renseignements.

Même les portes sont en béton !
bizarre, hein, mais moi j’aime bien

Et puis, un bonheur n’arrivant jamais seul, à encore une centaine de mètres de là, un hôtel détruit menu et pillé.

(Il faut comprendre que les Partisans étaient assimilés aux Serbes, donc pendant la guerre de Bosnie, c’était mal porté de pleurer sur eux. Tout ce qui pouvait être pillé ou détruit l’a été.)

En me promenant dans les gravats, jusqu’au quatrième étage, lien évident avec les destructions actuelles en Ukraine, je me suis prise à penser que ce qu’on conçoit comme devant et pouvant durer, ne dure pas. Enfin, cela dure plus ou moins longtemps. L’aqueduc de Ségovie a duré, certaines cathédrales, certes. Mais les empires s’écroulent, les bâtiments les plus solides, qu’on croit définitivement là, s’ effondrent eux-aussi, tout peut disparaître en peu de temps. Ce qui devait être toujours, n’est plus. L’impensable advient.

(Bon, j’arrête là, j’voudrais pas vous coller un spleen civilisationnel…)

Publié par l'excédée

aquarelle, jardinage, David Austen, Yourcenar, Marc Aurèle, Rome, bidouilles, semis, camping sauvage, france culture, art nouveau, de stijl, Silverberg, escapades, récup', Gudrun Sjoden.

8 commentaires sur « Des spomenik et des hommes (Bosnie1) »

  1. Superbe périple qui donnerait envie de te suivre. Belle aventure. Le courage des partisans yougoslaves (je garde le mot car je suis un vieux soldat du XXeme siècle et j’ai la nostalgie de la Yougoslavie de Tito) démontre que des soldats défendant leur pays sont les meilleurs. Revenons vite au service militaire et bien des problèmes de sécurité, économiques ou sociaux s’estomperont en France… mais pour ça il faut du courage et nos gouvernants n’ont pas de couille. Pourquoi? Parce qu’ils n’ont pas fait leur service… évidemment! C’est le serpent qui se mord les couilles et qui lui aussi n’en n’a pas. Bon voyage, sois prudente avec Kip et n’oubliez pas votre copain Alsaco-Pyrénéen qui repart pour un nouveau combat. Je suis candidat aux législatives. Je t’embrasse, Francois

    Envoyé de mon iPhone

    >

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  2. Ils ont vraiment une gueule unique, ces spomenik des Balkans… Y en a aussi au Monténégro?
    J’en avais vu un (enfin il en restait pas grand-chose) près du lac Ramsko, au nord de Jablanica.

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  3. D’ « unpeuloin » la structure reste blanche visuellement (pureté). Rien autour ne vient polluer la vue. Avec ses 2 accès, un symbole d’infini tronqué : se souvenir à l’infini mais ne pas reproduire à l’infini. Avec ses 2 ailes, ça me laisse l’impression que ces énormes structures de béton pourraient, telle une colombe, prendre leur envol. Le côté massif devient aérien.
    On sent que les architectes se sont bien creusé la tête.
    Merci pour ce partage.

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