Fracture sociale

Pour tout lire, il va falloir aller sur le site, je crois.

Ce matin, réveillée vers 4 heures. ( tu t’inquiètes de quoi au juste, Christine ?). Je suis allée promener le chien vers 7h00 dans la petite Zone. Il fait jour plus tôt ici, c’est plus à l’est. Elle est tout à côté de l’immense Marina qui s’étale sur deux bons kilomètres, à peine séparée d’elle par un remblai.

Revenue prendre des photos…


Une voiture garée, coffre ouvert, une femme de mon âge qui fourgonne  je ne sais quoi, et au final quinze bonnes minutes de conversation en hrvastki, car la femme ne parle pas un mot d’anglais. C’est comme ça que j’ai  appris deux ou trois choses…

Car Kip est un facilitateur de rencontres. Il va vers les gens en frétillant et offre souvent le prétexte à un début de conversation.
J’explique donc à la dame que je suis Française, que je ne parle pas bien mais que j’essaie d’apprendre sa langue, que je viens dans cet endroit pour promener le chien sans laisse. Et nous voilà parties à parler de chiens, de la police, des PV.
Tout en me parlant, elle remet en forme, avec un bâton qu’elle introduit dans le goulot, des bouteilles plastiques plus ou moins écrabouillées. Elle fait de même avec des canettes en alu. Elle les stocke ensuite dans deux grands sacs, alu dans l’un, bouteilles en plastique dans l’autre, et dès qu’un sac est plein, elle l’enfourne dans sa voiture et elle reprend son manège…

A ses pieds, pas triés, encore deux grands sacs poubelles de 100 litres, remplis de bouteilles et de canettes plus ou moins ecrabouillées.
Alors, je n’y tiens plus et je lui demande ce qu’elle fait. Et là, elle m’ explique.
Je ne comprends pas un traître mot, évidemment. Je suis hors de mes compétences linguistiques. Devant mon air ahuri et désespéré, elle recommence lentement et me montre. Sur chaque étiquette, il y a un petit encadré.

50 lp

Sur l’alu, aussi.

Elle rajoute « Carrefour » et je pige.
50 lipa ( les centièmes de Kuna) par bouteille. Les bouteilles sont consignées, de même que les canettes. Elle met même, côte à côte, deux bouteilles :
« Jedna kuna ! »
( Une kuna correspond à quasiment
7 centimes d’euro )
Là, je bascule dans une autre dimension.

Elle a peut-être 200 bouteilles (voire plus, difficile d’évaluer ),et quantité de canettes.  Cela fait 100 /150 kuna, soit 13 /20 euros ( à la louche).
Elle m’ explique encore que c’est ce qu’elle a ramassé dans la semaine dans les containers de la Marina,  (Les plaisanciers autrichiens et allemands ne se font pas chier à rapporter leurs bouteilles vides chez Carrefour.) ou sur la plage, en marchant avec ses sacs.
Et là, je percute. De l’autre côté de la clôture, au camping, j’avais vu une autre femme faire ça, mais j’avais cru que c’était une employée du camping qui nettoyait les abords.

On a continué à papoter. Elle a joué avec le chien.  J’ai voulu faire une photo.  J’ai fouillé dans mon sac, ayant oublié que le mobile était à l’appart, que je l’avais laissé à charger.
Je suis remontée dare-dare sur ma colline, je suis redescendue de même, avec l’espoir de la photographier, de lui demander son nom. Mais deux kilomètres ça prend du temps. Plus de voiture grise dans la petite Zone, restait juste mon espoir envolé.

Il faut savoir que l’équivalent du SMIC mensuel BRUT est de 4062 Kuna soit 542 euros. Brut, hein, on est d’accord. Depuis que la Croatie a intégré l’U.E. tous les prix ont grimpé. La Croatie, c’est le terrain de jeu des Autrichiens et des Allemands.

Les plus petits Yachts de fond de marina

Certains produits sont aussi chers qu’en France. Le menu Mac Do est à plus de 5 euros, l’essence est à 1,35. Rapporté au salaire minimum c’est monstrueusement cher pour les Croates. Le taux de TVA est de 23%,  même pour les produits alimentaires de base comme le lait par exemple, ( excepté sur les fruits et les légumes, mais de 13% quand-même !)

Donc, 100 kuna de consignes par semaine, c’est 10% du SMIC croate à la fin du mois. Mais on trouve de belles villas en troisième ligne, à partir de 750 000 euros.

Pour la dame aux bouteilles, glaner, c’est juste une question de survie.

Photo d’agence immobilière

Bon, j’arrête là, je sens que je fais une petite poussée de trotskysme, c’est pas bon pour ma tension.

Dino, Kip et moi, on vous embrasse.

Publié par l'excédée

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